Reviewed for medical accuracy by Dr Evelyne Jonniaux, Medical Advisor
Last updated 17 September 2026
« Une prothèse dure 10 à 15 ans » : ce chiffre n’a pas de source
Nous n’avons trouvé aucun article, aucun registre et aucune recommandation qui l’établisse. Ce qui est mesuré dit autre chose. La revue de registres d’Evans (The Lancet, 2019) porte sur 215 676 prothèses de hanche et 299 291 prothèses de genou : à 25 ans, 57,9 % des hanches et 82,3 % des genoux sont encore en place. Et en pratique contemporaine, une hanche posée en 2014 a une probabilité de reprise à 10 ans de 2,7 %, soit plus de 97 % encore en place (registre national britannique, rapport 2025). Ces chiffres décrivent des populations, pas une articulation en particulier. Noria Health organise un bilan orthopédique complet près de Bruxelles en 24 à 48 heures.
Combien de temps elles durent réellement
| Prothèse, données de registres | 15 ans | 20 ans | 25 ans |
|---|---|---|---|
| Hanche totale | 89,4 % | 70,2 % | 57,9 % |
| Genou total | 93,0 % | 90,1 % | 82,3 % |
| Genou unicompartimental | 76,5 % | 71,6 % | 69,8 % |
Ces valeurs viennent d’Evans (The Lancet, 2019), et elles sont issues des registres nationaux, que les auteurs jugent moins sujets au biais que les séries publiées par les équipes elles-mêmes. Les séries de cas donnent des chiffres nettement plus flatteurs, 77,6 % à 25 ans pour la hanche, et c’est précisément l’écart entre les deux qui justifie de retenir les registres.
Une mise à jour de 2026 (Pentland, The Lancet) restreinte aux couples de frottement modernes, sur 1,9 million de hanches, observe 93,6 % de survie à 20 ans. Les valeurs à 25 et 30 ans publiées dans ce travail sont des extrapolations par modèle, pas des observations, et nous les présentons comme telles.
Les taux de reprise, année par année
| Registre national britannique, rapport 2025 | 1 an | 10 ans | 15 ans | 20 ans |
|---|---|---|---|---|
| Hanche, tous cas (1 682 998 prothèses) | 0,79 % | 3,63 % | 5,81 % | 8,38 % |
| Hanche, hors couple métal-métal | 0,78 % | 2,90 % | 4,76 % | 7,14 % |
| Genou, tous types (1 805 000 prothèses) | 0,49 % | 3,82 % | 5,49 % | 7,58 % |
| Genou cimenté, le montage le plus courant | 0,39 % | 2,69 % | 3,74 % | 5,28 % |
| Hanche non cimentée à couple métal-métal | 1,08 % | 17,76 % | 22,51 % | 25,95 % |
La dernière ligne est la raison pour laquelle le type d’implant est une question à poser. Le couple métal-métal, largement posé dans les années 2000, a un taux de reprise à 10 ans six fois supérieur à la moyenne. Il n’est plus utilisé, mais il reste des porteurs.
La hanche et le genou ne donnent pas le même résultat
C’est le décalage le moins bien expliqué aux patients. Dans une même cohorte ontarienne, avec la même méthode et la même équipe (Bourne, Clin Orthop Relat Res, 2010), la satisfaction globale est de 89 % après prothèse de hanche et de 81 % après prothèse de genou. Refaire l’opération : 96 % contre 89 %. Attentes satisfaites : 78 % contre 70 %.
Le programme national britannique de mesure des résultats rapportés par les patients, sur les données 2023-2024, retrouve le même écart à grande échelle : 84,8 % des opérés de la hanche se déclarent « beaucoup mieux », contre 73,5 % des opérés du genou.
Et la douleur persistante après prothèse de genou existe. Beswick (BMJ Open, 2012) la situait autour de 20 % dans les études de meilleure qualité. L’actualisation de la même équipe donne 12,6 % à 12 mois et 14,6 % à 24 mois. Citer le chiffre de 2012 sans mentionner l’actualisation serait une erreur par omission.
Le prédicteur le plus fort de l’insatisfaction après prothèse de genou n’est pas la technique : ce sont les attentes non satisfaites, avec un risque multiplié par 10,7. Autrement dit, ce qui a été dit avant l’opération pèse plus lourd que presque tout le reste.
Ce que la prothèse apporte, comparée à ne pas opérer
Un seul essai randomisé a comparé la prothèse de genou à un traitement non chirurgical bien conduit. Skou (NEJM, 2015) a réparti 100 patients éligibles à une prothèse entre prothèse suivie de 12 semaines de traitement non chirurgical, et 12 semaines de traitement non chirurgical seul, c’est-à-dire exercice supervisé, éducation, conseils diététiques, semelles et antalgiques.
| Ce qui est mesuré | Le résultat |
|---|---|
| Amélioration du score KOOS4 à 12 mois, prothèse | 32,5 points |
| Amélioration du score KOOS4 à 12 mois, non chirurgical | 16,0 points |
| Différence moyenne ajustée | 15,8 points (IC 95 % 10,0 à 21,5) |
| Événements indésirables graves, prothèse | 24 |
| Événements indésirables graves, non chirurgical | 6, p = 0,005 |
| Patients du bras non chirurgical finalement opérés à 1 an | 26 % |
| Patients du bras non chirurgical finalement opérés à 2 ans | 32 % |
La prothèse fait deux fois mieux, et c’est un vrai résultat. Mais deux patients sur trois éligibles à la prothèse ne se sont pas fait opérer dans les deux ans après un traitement non chirurgical bien mené, et l’écart se paie en événements indésirables graves, quatre fois plus nombreux.
En population réelle, l’effet moyen est plus modeste. Ferket (BMJ, 2017), sur 4 498 participants suivis neuf ans, mesure une amélioration attribuable à la prothèse de genou de 1,70 point seulement sur la composante physique du SF-12, avec un intervalle d’incertitude de 0,26 à 3,57. Le point capital de ce travail est que le bénéfice croît nettement à mesure que l’état fonctionnel de départ est dégradé. Opérer un genou peu handicapant rapporte peu ; opérer un genou très handicapant rapporte beaucoup.
Le ménisque dégénératif, et l’essai que personne n’aime citer
L’arthroscopie pour lésion dégénérative du ménisque reste fréquente. L’essai FIDELITY (Sihvonen, NEJM, 2013) a comparé la méniscectomie partielle à une chirurgie simulée, en double aveugle, chez 146 patients de 35 à 65 ans sans arthrose.
| Amélioration à 12 mois | Méniscectomie | Chirurgie simulée | Différence |
|---|---|---|---|
| Score de Lysholm | 21,7 | 23,3 | -1,6 (-7,2 à 4,0) |
| Score WOMET | 24,6 | 27,1 | -2,5 (-9,2 à 4,1) |
| Douleur après effort | 3,1 | 3,3 | -0,1 (-0,9 à 0,7) |
Les deux groupes s’améliorent beaucoup, de 22 à 27 points. C’est l’ampleur de cette amélioration dans le groupe simulé, pas l’absence d’amélioration, qui est le résultat. À cinq ans (Br J Sports Med, 2020), toujours aucune différence sur les critères rapportés par les patients, et un résultat contre-intuitif : davantage de symptômes mécaniques dans le groupe opéré, différence de risque absolu 18 % avec un intervalle de 5 % à 31 %.
L’argument « oui, mais mon genou bloque » a été testé séparément dans le même essai (Ann Intern Med, 2016). Chez les patients ayant un blocage avant l’opération, la différence de risque de blocage au suivi est de 0,07 avec un intervalle de -0,08 à 0,22. Le blocage n’identifie pas les patients qui bénéficient du geste.
Ce que les études ne permettent pas d’affirmer
« Il faut opérer tôt, sinon la perte fonctionnelle est irrécupérable » n’est pas démontré. Le travail le plus large sur la question, 89 996 patients, documente bien une dégradation mesurable pendant l’attente, mais n’a pas pu observer de relation avec le résultat après l’opération.
« Tel pourcentage de patients ne tire aucun bénéfice de l’arthroplastie » n’a pas de source unique : cinq façons de mesurer donnent cinq chiffres différents. Nous ne retenons pas de chiffre unique.
Enfin, la recommandation américaine souvent invoquée pour fixer le moment d’opérer exclut explicitement la chirurgie de son périmètre. L’attribution est erronée.
En pratique, si cela vous concerne
Trois questions structurent la discussion. Quel est votre niveau de gêne réel aujourd’hui, puisque le bénéfice de l’opération croît avec lui. S’agit-il d’une hanche ou d’un genou, puisque ce ne sont pas les mêmes taux de satisfaction et qu’il vaut mieux le savoir avant. Et quel implant et quel couple de frottement sont proposés, puisque l’écart entre montages va de 2,2 % à 17,8 % de reprise à 10 ans.
Noria Health organise un bilan orthopédique complet près de Bruxelles en 24 à 48 heures : examen clinique et fonctionnel, radiographies en charge, évaluation de l’état général et des facteurs de risque opératoire, et avis chirurgical quand l’examen le justifie. Le compte rendu est remis sous 24 heures, le suivi est structuré à J14, J30 et J90, et une chirurgie n’est envisagée que vers le 10e jour si elle est nécessaire.
Ce que Noria Health ne fait pas : proposer une prothèse sur une radiographie seule. Une articulation douloureuse avec fièvre, ou une impotence brutale après un choc, relèvent des services d’urgence de votre pays, immédiatement, pas d’un rendez-vous.
Pour aller plus loin
- Ce que l’attente coûte en orthopédie
- Rachis : à 50 ans, 80 % des gens sans douleur ont un disque dégénéré
- La douleur qui attend
Sources
- Evans JT, Evans JP, Walker RW, Blom AW, Whitehouse MR, Sayers A. How long does a hip replacement last? The Lancet, 2019;393:647-654. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30782340/
- Evans JT, Walker RW, Evans JP, Blom AW, Sayers A, Whitehouse MR. How long does a knee replacement last? The Lancet, 2019;393:655-663. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30782341/
- Pentland V, et al. Survival of modern total hip replacements. The Lancet, 2026;407:855-866. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41763743/
- National Joint Registry. 22nd Annual Report, 2025, chapitre 3, tables 3.H5 et 3.K5. https://www.njrcentre.org.uk/
- Bourne RB, Chesworth BM, Davis AM, Mahomed NN, Charron KDJ. Patient satisfaction after total knee arthroplasty, who is satisfied and who is not? Clin Orthop Relat Res, 2010;468:57-63. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19844772/
- Bourne RB, Chesworth B, Davis A, Mahomed N, Charron K. Comparing patient outcomes after THA and TKA, is there a difference? Clin Orthop Relat Res, 2010;468:542-546. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19760472/
- Anakwe RE, Jenkins PJ, Moran M. Predicting dissatisfaction after total hip arthroplasty. J Arthroplasty, 2011;26:209-213. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20462736/
- NHS England. Patient Reported Outcome Measures, final 2023-24 data. https://digital.nhs.uk/data-and-information/publications/statistical/patient-reported-outcome-measures-proms/final-2023-24-data
- Beswick AD, Wylde V, Gooberman-Hill R, Blom A, Dieppe P. What proportion of patients report long-term pain after total hip or knee replacement? BMJ Open, 2012;2:e000435. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22357571/
- Skou ST, Roos EM, Laursen MB, et al. A randomized, controlled trial of total knee replacement. N Engl J Med, 2015;373:1597-1606. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26488691/
- Skou ST, Roos EM, Laursen MB, et al. Total knee replacement and non-surgical treatment of knee osteoarthritis, 2-year outcome. Osteoarthritis Cartilage, 2018;26:1170-1180. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29723634/
- Ferket BS, Feldman Z, Zhou J, Oei EH, Bierma-Zeinstra SMA, Mazumdar M. Impact of total knee replacement practice. BMJ, 2017;356:j1131. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28336564/
- Sihvonen R, Paavola M, Malmivaara A, et al. Arthroscopic partial meniscectomy versus sham surgery for a degenerative meniscal tear. N Engl J Med, 2013;369:2515-2524. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24369076/
- Sihvonen R, Paavola M, Malmivaara A, et al. Arthroscopic partial meniscectomy for a degenerative meniscus tear, a 5 year follow-up. Br J Sports Med, 2020;54:1332-1339. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32855201/
- Sihvonen R, Englund M, Turkiewicz A, Järvinen TLN. Mechanical symptoms and arthroscopic partial meniscectomy. Ann Intern Med, 2016;164:449-455. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26856661/
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