Noria Health editorial team
Reviewed for medical accuracy by Dr Evelyne Jonniaux, Medical Advisor
Last updated 17 September 2026

Migraine sans signe d’alarme : l’IRM ne change presque jamais la prise en charge

Chez un patient dont les céphalées répondent aux critères de la migraine et dont l’examen neurologique est normal, la probabilité de trouver une lésion significative est de 0,9 %, avec un intervalle de 0,5 à 1,4 (Sempere, Cephalalgia, 2005, sur 1 876 patients consécutifs). Dans une population asymptomatique, il faut imager 37 personnes pour trouver une anomalie fortuite (Morris, BMJ, 2009). La recommandation américaine, de grade A, conclut qu’il n’est pas nécessaire d’imager ces patients. Ces chiffres décrivent des populations, pas un patient en particulier. Noria Health organise un bilan neurologique complet près de Bruxelles en 24 à 48 heures.

Ce que l’imagerie trouve, et ce qu’elle trouve par hasard

La méta-analyse de référence porte sur 41 études et 15 760 patients céphalalgiques à examen neurologique normal.

Ce qui est trouvé Fréquence
Anomalies inattendues, toutes modalités 17,5 % (13,1 à 22,3)
Idem, en IRM seule 26,6 % (15,5 à 39,4)
Trouvailles néoplasiques 1,4 %
Gliome 0,2 %
Méningiome 0,1 %
Anévrisme 1,8 %

Le chiffre de 17,5 % effraie, et c’est pour cela qu’il faut son dénominateur. Dans une population strictement asymptomatique, la prévalence des anomalies néoplasiques fortuites est de 0,70 %, avec un intervalle de 0,47 à 0,98, et celle des anomalies non néoplasiques de 2,0 %. L’IRM haute résolution en trouve 4,3 % contre 1,7 % pour les séquences standard. Autrement dit, la plupart de ce qu’on trouve chez un migraineux, on le trouverait chez n’importe qui du même âge.

La recommandation de l’American Headache Society est explicite : les anomalies cliniquement significatives chez les migraineux sans caractéristique atypique ne sont pas plus fréquentes que dans la population générale. Les indications restantes sont de grade C, et les auteurs écrivent qu’elles sont pour la plupart fondées sur un consensus avec peu ou pas de support dans la littérature.

Combien de migraineux, et combien de diagnostiqués

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Prévalence sur un an, femmes 17,1 % Lipton, Neurology, 2007, n = 162 576
Prévalence sur un an, hommes 5,6 % Lipton, 2007
Migraineux ayant reçu un diagnostic médical 56,2 % Diamond, Headache, 2007
Migraineux sous traitement de fond 12,4 % Diamond, 2007
Handicap sévère ou alitement nécessaire 53,7 % Lipton, 2007

Près de quatre migraineux sur dix n’ont jamais reçu de diagnostic. Le chiffre souvent cité d’« un sur trois diagnostiqué » est faux : la source primaire donne 56,2 %.

Les anti-CGRP, et le chiffre que les brochures ne donnent pas

Ces traitements marchent. La question est de combien, et par rapport à quoi.

Essai Réduction sous traitement Réduction sous placebo Effet propre du médicament
STRIVE, érénumab, migraine épisodique -3,7 jours -1,8 jour 1,9 jour
HALO-CM, frémanézumab, migraine chronique -4,6 jours -2,5 jours 2,1 jours
EVOLVE-1, galcanézumab -4,7 jours -2,8 jours 1,9 jour
PROMISE-2, eptinézumab -8,2 jours -5,6 jours 2,6 jours

Le placebo représente de 49 % à 68 % de la réduction totale selon l’essai. L’effet propre du médicament est de un à trois jours de migraine en moins par mois. Cela peut changer une vie quand on en a quinze, et c’est modeste quand on en a quatre.

La formule « les anti-CGRP réduisent de moitié les jours de migraine » est trompeuse. Les 50 % désignent la proportion de répondeurs, pas la réduction moyenne. Et dans le même essai STRIVE, 26,6 % des patients sous placebo étaient aussi répondeurs à 50 %.

Sur les traitements de crise, la méta-analyse de référence sur 53 essais et 24 089 patients donne, pour le sumatriptan 100 mg, 59 % de soulagement à deux heures et 29 % d’indolence complète. Le chiffre de 70 à 80 % souvent avancé est surestimé.

La céphalée par abus médicamenteux, et un aveu de la classification

Elle touche 1 % à 2 % de la population générale. Les seuils sont de dix jours par mois pour les triptans et l’ergotamine, et de quinze jours pour les anti-inflammatoires autres que l’aspirine.

La classification internationale écrit elle-même que ces nombres de jours reposent sur une opinion d’experts plutôt que sur des preuves formelles. C’est rare, et cela mérite d’être dit à un patient à qui on annonce qu’il abuse de son traitement.

Après sevrage, 73,1 % des patients sont sans surconsommation à six mois avec un suivi électronique, contre 64,1 % avec un suivi papier, avec un odds ratio de 1,45 et un p de 0,046. Le taux de rechute à un an est de 20,5 %.

Les signes d’alarme, et ce qu’on ne sait pas d’eux

La liste de référence comporte quinze items : symptômes systémiques dont la fièvre, antécédent de cancer, déficit neurologique, début brutal en coup de tonnerre, début après 65 ans, changement de profil ou céphalée récente, caractère positionnel, déclenchement par la toux ou l’effort, œdème papillaire, aggravation progressive, grossesse ou post-partum, œil douloureux avec signes autonomiques, céphalée post-traumatique, immunodépression, et abus d’antalgiques ou médicament nouveau.

Ses auteurs écrivent que l’absence d’études épidémiologiques prospectives sur ces signes laisse de nombreuses questions sans réponse. Il n’existe donc pas, à ce jour, de sensibilité ni de valeur prédictive validée pour la plupart d’entre eux. Toute affirmation du type « ce signe a une sensibilité de tant » est non sourcée.

Le seul élément clinique dont le pouvoir discriminant a été quantifié dans une étude prospective est l’examen neurologique lui-même. C’était la seule variable associée à la probabilité d’anomalie intracrânienne chez Sempere.

Ce que les études ne permettent pas d’affirmer

« La migraine est la deuxième cause mondiale d’années vécues avec incapacité » n’est pas retrouvé comme tel dans la source. Ce qui est sourcé, c’est que la migraine représente 16,3 % des années d’incapacité neurologiques, deuxième parmi les troubles neurologiques derrière l’AVC.

Les seuils d’abus médicamenteux pour les opioïdes, les antalgiques combinés et le paracétamol n’ont pas pu être vérifiés ligne à ligne dans le texte officiel, et nous ne les donnons pas.

Enfin, il n’existe pas de ventilation par sexe de la prévalence de la migraine en France dans les sources disponibles. Nous ne transposons pas les ratios américains.

En pratique, si cela vous concerne

Trois questions structurent la discussion. Vos céphalées répondent-elles aux critères de la migraine et votre examen neurologique est-il normal, puisque c’est ce qui rend l’imagerie inutile. Combien de jours par mois prenez-vous un traitement de crise, puisque le seuil d’abus est plus bas qu’on ne le croit. Et si un traitement de fond est proposé, sur combien de jours de migraine par mois partez-vous, puisque l’effet propre du médicament est de un à trois jours.

Noria Health organise un bilan neurologique complet près de Bruxelles en 24 à 48 heures : interrogatoire structuré sur les critères diagnostiques, examen neurologique complet, agenda des céphalées et des traitements, et imagerie uniquement lorsque l’examen ou l’anamnèse le justifient. Le compte rendu est remis sous 24 heures, le suivi est structuré à J14, J30 et J90.

Ce que Noria Health ne fait pas : proposer une IRM pour rassurer. Une céphalée en coup de tonnerre, une céphalée avec fièvre et raideur de nuque, un déficit neurologique d’installation rapide ou une première céphalée après 65 ans relèvent des services d’urgence de votre pays, immédiatement, pas d’un rendez-vous.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Lipton RB, Bigal ME, Diamond M, et al. Migraine prevalence, disease burden, and the need for preventive therapy. Neurology, 2007;68:343-349. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17261680/
  2. Diamond S, Bigal ME, Silberstein S, et al. Patterns of diagnosis and acute and preventive treatment for migraine. Headache, 2007;47:355-363. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17371352/
  3. Kamtchum-Tatuene J, Kalra A, Gwynn LC, et al. Diagnostic yield of brain imaging in non-acute headache. J Neurol Sci, 2020;416:116997. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32683173/
  4. Sempere AP, Porta-Etessam J, Medrano V, et al. Neuroimaging in the evaluation of patients with non-acute headache. Cephalalgia, 2005;25:30-35. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15606567/
  5. Morris Z, Whiteley WN, Longstreth WT, et al. Incidental findings on brain magnetic resonance imaging, systematic review and meta-analysis. BMJ, 2009;339:b3016. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19687093/
  6. Vernooij MW, Ikram MA, Tanghe HL, et al. Incidental findings on brain MRI in the general population. N Engl J Med, 2007;357:1821-1828. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17978290/
  7. Evans RW, Burch RC, Frishberg BM, et al. Neuroimaging for migraine, the American Headache Society systematic review and evidence-based guideline. Headache, 2020;60:318-336. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31891197/
  8. Loder E, Weizenbaum E, Frishberg B, Silberstein S. Choosing wisely in headache medicine. Headache, 2013;53:1651-1659. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24118318/
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  10. Silberstein SD, Dodick DW, Bigal ME, et al. Fremanezumab for the preventive treatment of chronic migraine, HALO-CM. N Engl J Med, 2017;377:2113-2122. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29171818/
  11. Stauffer VL, Dodick DW, Zhang Q, et al. Evaluation of galcanezumab for the prevention of episodic migraine, EVOLVE-1. JAMA Neurol, 2018;75:1080-1088. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29813147/
  12. Lipton RB, Goadsby PJ, Smith J, et al. Efficacy and safety of eptinezumab in patients with chronic migraine, PROMISE-2. Neurology, 2020;94:e1365-e1377. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32209650/
  13. Ferrari MD, Roon KI, Lipton RB, Goadsby PJ. Oral triptans in acute migraine treatment, a meta-analysis of 53 trials. The Lancet, 2001;358:1668-1675. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11728541/
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  16. Tassorelli C, Jensen R, Allena M, et al. The added value of an electronic monitoring and alerting system in the management of medication-overuse headache, COMOESTAS. Cephalalgia, 2017;37:1115-1125. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27638937/
  17. Rossi P, Faroni JV, Nappi G. Medication overuse headache, predictors and rates of relapse. Cephalalgia, 2008;28:1196-1200. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18644036/
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