Noria Health editorial team
Reviewed for medical accuracy by Dr Evelyne Jonniaux, Medical Advisor
Last updated 17 September 2026

Un vertige qui tourne, faut-il un scanner ou un examen au lit du patient ?

Dans la grande majorité des cas, l’examen clinique. Le scanner cérébral sans injection ne détecte que 28,5 % des causes centrales de vertige aigu (méta-analyse GRACE-3, Academic Emergency Medicine, 2023), alors qu’un examen oculomoteur de trois minutes, le test HINTS, atteint 94,0 % de sensibilité quand il est réalisé par un clinicien formé (revue Cochrane, 2023). La cause la plus fréquente, le vertige positionnel paroxystique bénin, se traite par une manœuvre qui multiplie par 9,62 les chances de faire disparaître le signe au test de Dix-Hallpike (Cochrane, 2014). Pourtant, dans une étude de population allemande, seuls 8 % des personnes atteintes avaient reçu ce traitement (von Brevern, JNNP, 2007). Ces chiffres décrivent des populations, pas une personne en particulier. Un vertige d’installation brutale accompagné de troubles de la parole, de la vision, de la marche ou d’une faiblesse d’un côté du corps impose d’appeler les secours immédiatement, pas de prendre rendez-vous. Noria Health organise un bilan ORL complet en 24 à 48 heures près de Bruxelles.

Combien de personnes sont concernées

Le symptôme est banal, la maladie l’est moins. C’est le premier écart à comprendre : presque tout le monde a déjà eu la tête qui tourne, et une minorité a un trouble vestibulaire caractérisé.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Vertige vestibulaire, prévalence sur la vie entière 7,4 % Neuhauser, Neurology, 2005
Vertige vestibulaire, prévalence sur 12 mois 4,9 % Neuhauser, Neurology, 2005
Personnes ayant consulté un médecin dans l’année pour un vertige 1,8 % des adultes Neuhauser, Arch Intern Med, 2008
Adultes de plus de 40 ans avec une dysfonction vestibulaire objectivée 35,4 %, soit 69 millions aux États-Unis Agrawal, Arch Intern Med, 2009
Troubles de l’équilibre à 70 ans 36 % des femmes, 29 % des hommes Jönsson, J Vestib Res, 2004
Troubles de l’équilibre entre 88 et 90 ans 51 % des femmes, 45 % des hommes Jönsson, J Vestib Res, 2004

Un chiffre de la même enquête allemande mérite d’être isolé : chez 80 % des personnes ayant un vertige vestibulaire authentique, le symptôme a entraîné une consultation, une interruption d’activité ou un arrêt de travail. Et plus de la moitié d’entre elles repartaient avec un diagnostic qui n’était pas vestibulaire.

La cause la plus fréquente est aussi la moins bien traitée

Le vertige positionnel paroxystique bénin, le VPPB, est un déplacement de microcristaux dans l’oreille interne. Il donne des vertiges brefs, déclenchés par un mouvement de la tête, typiquement en se retournant dans le lit. Il se diagnostique par une manœuvre, la manœuvre de Dix-Hallpike, et se traite par une autre, la manœuvre d’Epley. Ni l’une ni l’autre ne demande d’appareil.

C’est là que les chiffres deviennent inconfortables.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Prévalence du VPPB sur la vie entière 2,4 % von Brevern, JNNP, 2007
Personnes atteintes ayant reçu un traitement efficace 8 % von Brevern, JNNP, 2007
Durée médiane d’un épisode non traité 2 semaines von Brevern, JNNP, 2007
Patients diagnostiqués VPPB en soins primaires n’ayant eu aucune manœuvre diagnostique 54,4 % Del Risco, Otolaryngol Head Neck Surg, 2023
Patients ayant reçu une manœuvre d’Epley 11,1 % Del Risco, 2023
Patients ayant reçu un antivertigineux sédatif à la place 57,4 % Del Risco, 2023

Cet audit de 458 dossiers, mené sur 26 sites d’un même système de santé entre 2018 et 2022, compare la pratique réelle à la recommandation américaine de 2017. L’écart n’est pas un détail de méthode : un antivertigineux sédatif soulage la sensation pendant quelques heures et ne déplace aucun cristal. La manœuvre, elle, traite la cause en une séance.

Ce que la manœuvre d’Epley obtient réellement

La revue Cochrane de 2014 a regroupé 11 essais randomisés et 745 participants comparant la manœuvre d’Epley à une manœuvre factice.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Conversion du test de Dix-Hallpike de positif à négatif odds ratio 9,62 (IC 95 % 6,00 à 15,42) Hilton et Pinder, Cochrane, 2014
Disparition complète des symptômes odds ratio 4,42 (IC 95 % 2,62 à 7,44) Hilton et Pinder, Cochrane, 2014
Nausées pendant la manœuvre 16,7 % à 32 % des patients Hilton et Pinder, Cochrane, 2014

Un odds ratio de 9,62 sur un geste qui dure trois minutes, sans médicament et sans imagerie, est un rapport bénéfice sur contrainte que peu de traitements atteignent. La contrepartie honnête figure dans la même revue : la manœuvre est désagréable, un patient sur quatre environ a des nausées pendant qu’on la réalise.

Le scanner voit moins que l’examen clinique

C’est le résultat le plus contre-intuitif du dossier, et il est solide. La méta-analyse de précision diagnostique réalisée pour la recommandation GRACE-3 a comparé l’imagerie à ce qu’elle est censée détecter dans un vertige aigu.

Examen Sensibilité pour une cause centrale Source
Scanner cérébral sans injection 28,5 % (IC 95 % 14,4 à 48,5), spécificité 98,9 % Shah, Acad Emerg Med, 2023
Angioscanner 14,3 % Shah, Acad Emerg Med, 2023
IRM 79,8 % (IC 95 % 71,4 à 86,2), spécificité 98,8 % Shah, Acad Emerg Med, 2023
Test HINTS au lit du patient 94,0 % (IC 95 % 82,0 à 98,2), spécificité 86,9 % Gottlieb, Cochrane, 2023

Un scanner qui laisse passer sept causes centrales sur dix n’est pas un examen de débrouillage, c’est une fausse réassurance. C’est exactement pour cette raison que la recommandation GRACE-3 de 2023 dit de ne pas utiliser le scanner cérébral en première intention devant un vertige aigu, et de ne pas faire d’IRM en routine si un clinicien formé au HINTS est disponible.

Deux chiffres américains montrent ce que coûte l’habitude inverse. En 2004, 94,1 % des passages aux urgences pour vertige ayant donné lieu à un scanner n’ont abouti à aucun diagnostic neurologique central, et le scanner allongeait le passage de 40 à 77 minutes (Kerber, Am J Emerg Med, 2010). En 2011, 39,9 % des 3,9 millions de passages annuels aux urgences pour vertige donnaient lieu à une imagerie, pour un coût total estimé à 3,9 milliards de dollars par an (Saber Tehrani, Acad Emerg Med, 2013).

Quand ce n’est pas bénin

La question qui compte n’est pas « est-ce grave », elle est « comment sait-on que ce ne l’est pas ». Deux ordres de grandeur cadrent la réponse.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Patients aux urgences pour vertige ayant un AVC ou un AIT 3,2 % Kerber, Stroke, 2006
Patients avec un vertige isolé, sans autre signe 0,7 % Kerber, Stroke, 2006
Patients repartant des urgences sans cause identifiée 22,1 % Newman-Toker, Mayo Clin Proc, 2008
IRM de diffusion faussement négative dans les 48 premières heures 12 % Kattah, Stroke, 2009

Le chiffre de 12 % d’IRM faussement négatives est important et rarement dit : dans les toutes premières heures, une IRM normale n’exclut pas un AVC de la fosse postérieure. C’est ce résultat qui a fondé le test HINTS, dont l’étude princeps de 2009 rapportait 100 % de sensibilité et 96 % de spécificité sur 101 patients consécutifs. La méta-analyse Cochrane de 2023, plus large et plus prudente, ramène ces chiffres à 94,0 % et 86,9 %, avec une réserve explicite : le test n’est performant que réalisé par un clinicien formé. Entre des mains non entraînées, il ne vaut rien.

Un vertige d’apparition brutale associé à des troubles de la parole, de la vision, de la déglutition, à une faiblesse ou un engourdissement d’un côté du corps, ou à une incapacité à tenir debout, relève de l’appel immédiat aux services d’urgence. Le bilan programmé décrit dans cet article concerne les vertiges qui durent, qui reviennent, ou qui n’ont pas reçu d’explication.

Le vertige n’est pas qu’une gêne, c’est un facteur de chute

Dans l’analyse NHANES de 2009, une dysfonction vestibulaire objectivée et symptomatique multipliait par 12 les probabilités de chute. À l’échelle mondiale, l’Organisation mondiale de la santé recense 684 000 décès par chute par an et 37,3 millions de chutes assez graves pour nécessiter des soins, les plus de 60 ans payant le plus lourd tribut.

C’est ce qui change la lecture d’un vertige chez une personne âgée : le risque immédiat n’est pas neurologique, il est mécanique. Une cause vestibulaire traitable laissée sans diagnostic est un facteur de chute laissé en place.

Ce que les délais ajoutent

En Angleterre, 594 546 personnes attendaient un soin ORL en juin 2026, et 59,0 % seulement étaient prises en charge dans les 18 semaines, contre une cible de 92 %. En Irlande, au 30 juillet 2026, 46 124 patients attendaient une première consultation ORL, dont 5 277 depuis plus de douze mois.

Sur un VPPB, ce délai n’est pas neutre : la durée médiane d’un épisode non traité est de deux semaines, mais la maladie récidive, et chaque épisode est un risque de chute. Attendre plusieurs mois pour une manœuvre de trois minutes est un mauvais échange.

Ce que les études ne permettent pas d’affirmer

Trois limites doivent être dites clairement.

Il n’existe pas de donnée européenne de bon niveau sur le nombre de médecins consultés avant le bon diagnostic, ni sur le délai moyen jusqu’à ce diagnostic. Les chiffres qui circulent sur ce point viennent d’études monocentriques hors d’Europe et ne sont pas transposables. Ce qui est établi, c’est l’écart aux recommandations, pas la durée de l’errance.

Les 8 % de patients VPPB traités efficacement viennent d’une enquête de population allemande de 2007. La recommandation américaine de 2017 est postérieure, et l’étude française de 2025 montre qu’une formation ciblée aux urgences fait passer la proportion de diagnostics conformes de 16,9 % à 38,0 %. La situation bouge, lentement.

Enfin, aucun des chiffres ci-dessus ne prédit ce qui arrivera à une personne donnée. Une prévalence, un odds ratio et une sensibilité décrivent des groupes. Ils servent à choisir un examen, pas à annoncer un résultat.

En pratique, si cela vous concerne

Un vertige qui dure, qui revient, ou qui n’a jamais été expliqué mérite un examen vestibulaire fait par quelqu’un qui pratique les manœuvres, avant toute imagerie. La question à poser en consultation est simple et discriminante : « avez-vous fait une manœuvre de Dix-Hallpike ». Si la réponse est non et qu’un antivertigineux a été prescrit, le diagnostic n’a pas été cherché.

Noria Health organise un bilan ORL complet à Bruxelles en 24 à 48 heures, avec un examen vestibulaire, un audiogramme et, si l’examen le justifie, l’imagerie appropriée. Le compte rendu est remis sous 24 heures et le suivi est structuré à J14, J30 et J90. Ce que Noria Health ne fait pas : traiter une urgence neurologique. Un vertige brutal avec un signe neurologique associé relève des services d’urgence de votre pays, immédiatement.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Neuhauser HK, von Brevern M, Radtke A, et al. Epidemiology of vestibular vertigo, a neurotologic survey of the general population. Neurology, 2005;65:898-904. https://doi.org/10.1212/01.wnl.0000175987.59991.3d
  2. Neuhauser HK, Radtke A, von Brevern M, et al. Burden of dizziness and vertigo in the community. Archives of Internal Medicine, 2008;168:2118-2124. https://doi.org/10.1001/archinte.168.19.2118
  3. Jönsson R, Sixt E, Landahl S, Rosenhall U. Prevalence of dizziness and vertigo in an urban elderly population. Journal of Vestibular Research, 2004;14:47-52. https://doi.org/10.3233/VES-2004-14105
  4. Agrawal Y, Carey JP, Della Santina CC, et al. Disorders of balance and vestibular function in US adults, NHANES 2001-2004. Archives of Internal Medicine, 2009;169:938-944. https://doi.org/10.1001/archinternmed.2009.66
  5. von Brevern M, Radtke A, Lezius F, et al. Epidemiology of benign paroxysmal positional vertigo, a population based study. Journal of Neurology, Neurosurgery and Psychiatry, 2007;78:710-715. https://doi.org/10.1136/jnnp.2006.100420
  6. Del Risco A, Cherches A, Smith SL, Riska KM. Guideline adherence to benign paroxysmal positional vertigo treatment and management in primary care. Otolaryngology Head and Neck Surgery, 2023;169:865-874. https://doi.org/10.1002/ohn.315
  7. Hilton MP, Pinder DK. The Epley (canalith repositioning) manoeuvre for benign paroxysmal positional vertigo. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014, CD003162. https://doi.org/10.1002/14651858.CD003162.pub3
  8. Shah VP, Oliveira J E Silva L, Farah W, et al. Diagnostic accuracy of neuroimaging in emergency department patients with acute vertigo or dizziness. Academic Emergency Medicine, 2023;30:517-530. https://doi.org/10.1111/acem.14561
  9. Gottlieb M, Peksa GD, Carlson JN. Head impulse, nystagmus, and test of skew examination for diagnosing central causes of acute vestibular syndrome. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2023, CD015089. https://doi.org/10.1002/14651858.CD015089.pub2
  10. Kattah JC, Talkad AV, Wang DZ, et al. HINTS to diagnose stroke in the acute vestibular syndrome. Stroke, 2009;40:3504-3510. https://doi.org/10.1161/STROKEAHA.109.551234
  11. Kerber KA, Brown DL, Lisabeth LD, et al. Stroke among patients with dizziness, vertigo, and imbalance in the emergency department. Stroke, 2006;37:2484-2487. https://doi.org/10.1161/01.STR.0000240329.48263.0d
  12. Newman-Toker DE, Hsieh YH, Camargo CA, et al. Spectrum of dizziness visits to US emergency departments. Mayo Clinic Proceedings, 2008;83:765-775. https://doi.org/10.4065/83.7.765
  13. Kerber KA, Schweigler L, West BT, et al. Value of computed tomography scans in ED dizziness visits. American Journal of Emergency Medicine, 2010;28:1030-1036. https://doi.org/10.1016/j.ajem.2009.06.007
  14. Saber Tehrani AS, Coughlan D, Hsieh YH, et al. Rising annual costs of dizziness presentations to U.S. emergency departments. Academic Emergency Medicine, 2013;20:689-696. https://doi.org/10.1111/acem.12168
  15. Gerlier C, Mehenni L, Chatellier G, et al. Improving benign paroxysmal positional vertigo management in the emergency department, a longitudinal study post-GRACE-3. Academic Emergency Medicine, 2025;32:739-747. https://doi.org/10.1111/acem.15115
  16. Edlow JA, Carpenter C, Akhter M, et al. Guidelines for reasonable and appropriate care in the emergency department 3 (GRACE-3), acute dizziness and vertigo. Academic Emergency Medicine, 2023;30:442-486. https://doi.org/10.1111/acem.14728
  17. Organisation mondiale de la santé. Falls, aide-mémoire, 26 avril 2021. https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/falls
  18. NHS England. Consultant-led referral to treatment waiting times, RTT data 2026-27, juin 2026. https://www.england.nhs.uk/statistics/statistical-work-areas/rtt-waiting-times/rtt-data-2026-27/
  19. National Treatment Purchase Fund. Outpatient waiting list by specialty, 30 juillet 2026. https://www.ntpf.ie/waiting-list-data/open-data/

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