Reviewed for medical accuracy by Dr Evelyne Jonniaux, Medical Advisor
Last updated 17 September 2026
« +26 % de cancer du sein » : ce que ce chiffre veut dire en réalité
Il veut dire 8 cas supplémentaires pour 10 000 femmes-années. C’est le même chiffre, exprimé en relatif puis en absolu, et c’est l’écart entre les deux qui a produit la panique de 2002. L’essai Women’s Health Initiative (JAMA, 2002) portait sur 16 608 femmes d’un âge moyen de 63,3 ans, soit plus de dix ans après la ménopause. Il a été lu comme un verdict sur les femmes qui commencent un traitement vers 50 ans pour leurs symptômes. Dans le bras œstrogène seul (JAMA, 2004), le cancer du sein était au contraire moins fréquent sous traitement : 26 contre 33 pour 10 000 femmes-années. Ces chiffres décrivent des populations, pas une femme en particulier, et le choix d’un traitement hormonal est une décision médicale individuelle. Noria Health organise un bilan gynécologique complet en 24 à 48 heures près de Bruxelles.
Ce que la WHI a réellement mesuré
Deux essais, deux populations, deux résultats différents, constamment confondus. Le premier a testé des œstrogènes conjugués équins associés à de l’acétate de médroxyprogestérone chez 16 608 femmes. Le second a testé les œstrogènes seuls chez 10 739 femmes hystérectomisées. Dans les deux, l’âge moyen était d’environ 63 ans.
Bras œstroprogestatif, taux pour 10 000 femmes-années :
| Événement | Traitement | Placebo | Différence absolue |
|---|---|---|---|
| Coronaropathie | 37 | 30 | +7 |
| Cancer du sein invasif | 38 | 30 | +8 |
| Accident vasculaire cérébral | 29 | 21 | +8 |
| Embolie pulmonaire | 16 | 8 | +8 |
| Cancer colorectal | 10 | 16 | -6 |
| Fracture de hanche | 10 | 15 | -5 |
| Mortalité totale | 52 | 53 | -1, non significatif |
L’indice global composite donnait 19 événements supplémentaires pour 10 000 femmes-années, soit environ 2 pour 1 000 femmes par an. C’est réel, et ce n’est pas ce que le public a retenu.
Bras œstrogène seul, taux pour 10 000 femmes-années :
| Événement | Traitement | Placebo | Rapport de risque |
|---|---|---|---|
| Cancer du sein invasif | 26 | 33 | 0,77 (IC 95 % 0,59 à 1,01) |
| Accident vasculaire cérébral | 44 | 32 | 1,39 (1,10 à 1,77) |
| Fracture de hanche | 11 | 17 | 0,61 (0,41 à 0,91) |
| Coronaropathie | 49 | 54 | 0,91 (0,75 à 1,12) |
| Indice global | 1,01 (0,91 à 1,12), strictement neutre |
Le message public « le traitement hormonal donne le cancer du sein » repose entièrement sur le bras œstroprogestatif. Dans le bras œstrogène seul, il y avait moins de cancers du sein sous traitement, et l’indice global était neutre.
L’âge change tout, sauf pour l’AVC
La réanalyse par tranche d’âge (JAMA, 2007) porte sur les 27 347 femmes des deux essais.
| Ancienneté de la ménopause | Coronaropathie, rapport de risque | Excès absolu pour 10 000 femmes-années |
|---|---|---|
| Moins de 10 ans | 0,76 (0,50 à 1,16) | -6, donc un bénéfice |
| 10 à 19 ans | 1,10 (0,84 à 1,45) | +4 |
| 20 ans ou plus | 1,28 (1,03 à 1,58) | +17 |
Exprimé sur l’indice global d’événements indésirables (JAMA, 2013), l’écart est encore plus parlant. Sous œstroprogestatif, on passe de 12 cas en excès pour 10 000 femmes par an chez les 50 à 59 ans, à 38 chez les 70 à 79 ans. Sous œstrogène seul, on passe de 19 cas en moins chez les 50 à 59 ans à 51 en excès chez les 70 à 79 ans.
Une nuance honnête, qui est rarement faite : la « fenêtre d’opportunité » vaut pour le risque coronaire, pas pour l’AVC. Le risque d’AVC reste élevé quel que soit l’âge, avec un rapport de risque de 1,32 (IC 95 % 1,12 à 1,56).
Dix-huit ans après, la mortalité
Le suivi le plus long (JAMA, 2017) couvre 18 ans cumulés, 7 489 décès, et une couverture de suivi supérieure à 98 %.
| Ce qui est mesuré | Le résultat |
|---|---|
| Mortalité toutes causes | 27,1 % sous traitement contre 27,6 % sous placebo, rapport de risque 0,99 |
| Mortalité cardiovasculaire | 8,9 % contre 9,0 %, rapport de risque 1,00 |
| Mortalité par cancer, toutes localisations | 8,2 % contre 8,0 %, rapport de risque 1,03 |
Sur dix-huit ans, aucune différence de mortalité, dans aucun des deux bras. Et le suivi à long terme du cancer du sein (JAMA, 2020) apporte un résultat que presque personne ne connaît : sous œstrogène seul, l’incidence du cancer du sein était réduite, rapport de risque 0,78, et la mortalité par cancer du sein également, rapport de risque 0,60. Sous œstroprogestatif, l’incidence augmentait, rapport de risque 1,28, mais la mortalité par cancer du sein n’augmentait pas de façon significative, 1,35 avec un intervalle de 0,94 à 1,95.
Le risque de cancer du sein, en absolu
La méta-analyse sur données individuelles du Lancet (2019) a réuni 108 647 femmes atteintes de cancer du sein issues de 58 études. Voici ses chiffres en risque absolu, pour une femme commençant un traitement à 50 ans, sur l’incidence entre 50 et 69 ans.
| Situation | Risque sur 20 ans | Excès |
|---|---|---|
| Jamais utilisatrice, référence | 6,3 pour 100 | – |
| Œstrogène et progestatif quotidien, 5 ans | 8,3 pour 100 | 1 cas supplémentaire sur 50 utilisatrices |
| Œstrogène et progestatif intermittent, 5 ans | 7,7 pour 100 | 1 sur 70 |
| Œstrogène seul, 5 ans | 6,8 pour 100 | 1 sur 200 |
Trois faits de cette méta-analyse méritent d’être retenus. L’excès de risque est environ deux fois plus grand pour dix ans d’utilisation que pour cinq. Moins d’un an d’utilisation donne un excès minime. Et environ la moitié de l’excès survient pendant l’utilisation, l’autre moitié persistant plus de quinze ans après l’arrêt.
La hiérarchie utile en consultation est donc : quotidien, puis intermittent, puis œstrogène seul. Et la durée compte davantage que le fait de commencer.
La voie d’administration annule le risque thrombotique
C’est le résultat le plus directement actionnable de tout ce dossier, et la WHI ne l’a pas testé : elle n’a étudié que la voie orale. L’étude cas-témoins britannique (BMJ, 2019) a comparé 80 396 femmes ayant fait une thromboembolie veineuse à 391 494 témoins.
| Voie et molécule | Odds ratio ajusté |
|---|---|
| Traitement oral, toutes formes | 1,58 (IC 95 % 1,52 à 1,64) |
| Traitement transdermique | 0,93 (0,87 à 1,01), aucun sur-risque |
| Œstrogènes conjugués et médroxyprogestérone, oral | 2,10 (1,92 à 2,31), le plus élevé |
| Estradiol seul, oral | 1,40 (1,32 à 1,48) |
| Estradiol et dydrogestérone, oral | 1,18 (0,98 à 1,42), le plus bas des oraux |
En absolu, la voie orale correspond à 9 thromboembolies supplémentaires pour 10 000 femmes-années, et l’association œstrogènes conjugués et médroxyprogestérone à 18, montant à 37 chez les femmes de 65 à 79 ans. Le contraste entre 1,58 et 0,93 signifie que la voie d’administration, à elle seule, annule le sur-risque. C’est aussi la raison pour laquelle le progestatif choisi compte : la molécule testée dans la WHI n’est ni la progestérone micronisée ni la dydrogestérone.
L’efficacité, et le chiffre que personne ne cite
La revue Cochrane (2004), sur 24 essais randomisés en double aveugle et 3 329 participantes, mesure une réduction de la fréquence des bouffées de chaleur de 75 % (IC 95 % 64,3 à 82,3) par rapport au placebo, et un odds ratio de 0,13 sur la sévérité.
Mais la même revue donne un second chiffre, décisif et rarement cité : chez les femmes randomisées au placebo, la réduction des bouffées de chaleur entre l’inclusion et la fin de l’étude était de 57,7 % (IC 95 % 45,1 à 67,7).
Cela veut dire qu’une thérapie qui n’a jamais été comparée à un placebo peut revendiquer 50 à 60 % d’efficacité sans rien faire du tout. C’est le critère le plus utile pour juger n’importe quelle proposition sur ce sujet.
Les alternatives non hormonales, ce qui marche et ce qui ne marche pas
Les antagonistes de la neurokinine 3 sont la nouveauté réelle. Les essais de phase 3 SKYLIGHT 1 et 2, sur des femmes ayant au moins sept bouffées de chaleur modérées à sévères par jour, donnent une réduction supplémentaire par rapport au placebo de 2,39 à 2,55 épisodes par jour à douze semaines, selon la dose et l’essai.
C’est réel, statistiquement solide, et il faut le situer honnêtement : environ deux bouffées et demie en moins par jour sur une base de sept ou plus. Ce n’est pas l’ordre de grandeur des 75 % obtenus par le traitement hormonal, et le présenter comme un équivalent serait faux.
À l’opposé, la revue Cochrane sur les phytoestrogènes (2013), 43 essais et 4 364 participantes, ne trouve aucune preuve concluante. Pour le trèfle rouge, la différence de fréquence quotidienne est de 0,93 épisode, avec un intervalle de -1,95 à +0,10 qui traverse zéro. Et l’effet placebo dans ces mêmes essais allait de 1 % à 59 % de réduction.
La position de la société savante nord-américaine sur les traitements non hormonaux (2023) est explicite sur ce qu’elle ne recommande pas contre les bouffées de chaleur : les compléments et remèdes à base de plantes, mais aussi la respiration rythmée, l’exercice physique, le yoga, la pleine conscience, la relaxation, le soja et ses extraits, les cannabinoïdes et l’acupuncture. Ce qu’elle recommande : la thérapie cognitivo-comportementale, l’hypnose clinique, certains antidépresseurs, la gabapentine et le fézolinétant.
Combien de temps cela dure
L’étude SWAN (JAMA Internal Medicine, 2015) a suivi 3 302 femmes pendant dix-sept ans.
| Ce qui est mesuré | Le résultat |
|---|---|
| Durée médiane totale des symptômes vasomoteurs fréquents | 7,4 ans |
| Persistance médiane après les dernières règles | 4,5 ans |
| Femmes dont les symptômes commencent avant la ménopause | plus de 11,8 ans au total |
| Femmes déjà ménopausées au début des symptômes | 3,4 ans |
| Femmes afro-américaines | 10,1 ans, la médiane la plus longue |
L’idée reçue des « deux ou trois ans à passer » est fausse d’un facteur trois. Les auteurs recommandent explicitement de dire aux femmes de s’attendre à plus de sept ans.
Ce que les études ne permettent pas d’affirmer
Le chiffre de « 75 à 80 % des femmes » qui auraient des bouffées de chaleur n’a pas de source primaire que nous ayons pu retrouver. Le seul ratio vérifiable dont nous disposons est celui de SWAN : 43,9 % de femmes avec des symptômes vasomoteurs fréquents, au sens strict d’au moins six jours sur les quatorze précédents. Ce n’est pas la même chose que « toute bouffée de chaleur », qui est plus fréquent.
L’estimation de la surmortalité liée à l’évitement des œstrogènes est contestée. Une modélisation de 2013 chiffre entre 18 601 et 91 610 les décès prématurés américains sur dix ans. C’est une extrapolation, pas une mesure, elle a suscité cinq commentaires critiques publiés, et l’écart d’un facteur cinq entre les deux bornes signale à lui seul la fragilité de l’exercice. Nous la citons comme une estimation contestée, jamais comme un fait.
Ce que la WHI a testé n’est pas ce qui se prescrit aujourd’hui. Voie orale uniquement, œstrogènes conjugués équins, acétate de médroxyprogestérone. Ni la voie transdermique ni la progestérone micronisée ni la dydrogestérone n’y figuraient, et les données de 2019 sur la thrombose montrent que ces choix changent l’ordre de grandeur du risque.
Ce que disent les sociétés savantes
Le seuil chiffré officiel de la société savante nord-américaine (2022) est le suivant : pour les femmes de moins de 60 ans, ou dans les dix ans suivant le début de la ménopause, et sans contre-indication, le rapport bénéfice-risque est favorable pour le traitement des symptômes vasomoteurs gênants et la prévention de la perte osseuse. Au-delà, il devient moins favorable.
Les investigateurs de la WHI eux-mêmes, dans une revue publiée en 2024, confirment que leurs résultats ne soutiennent pas le traitement hormonal pour prévenir les maladies chroniques, mais soutiennent son initiation avant 60 ans chez les femmes symptomatiques sans contre-indication.
En pratique, si cela vous concerne
Trois questions structurent la discussion. Quel est l’écart entre votre âge et le début de votre ménopause, puisque c’est ce qui déplace le plus le rapport bénéfice-risque. Avez-vous encore votre utérus, puisque cela détermine si un progestatif est nécessaire et que les deux situations n’ont pas le même profil de risque. Et si un traitement est envisagé, la voie transdermique a-t-elle été proposée, puisqu’elle annule le sur-risque thrombotique dans les données les plus larges disponibles.
Noria Health organise un bilan gynécologique complet à Bruxelles en 24 à 48 heures, avec une évaluation du profil de risque cardiovasculaire et thrombotique, une mammographie et une densitométrie lorsqu’elles sont indiquées, et un compte rendu écrit qui présente les chiffres en risque absolu et non en risque relatif. Le compte rendu est remis sous 24 heures, le suivi est structuré à J14, J30 et J90.
Ce que Noria Health ne fait pas : prescrire ou déconseiller un traitement hormonal à distance. C’est une décision individuelle, qui dépend de votre âge, de vos antécédents personnels et familiaux et de ce que les symptômes vous coûtent réellement. Ce que nous pouvons faire, c’est vous donner les chiffres dans l’unité qui permet de décider.
Pour aller plus loin
- Fibromes : 1 femme sur 2 en a sans le savoir
- SOPK : 7,9 % ou 12,7 % des femmes, selon le critère choisi
- Cœur : 44 % des hypertendus ignorent leur hypertension
Sources
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- Anderson GL, Limacher M, Assaf AR, et al. Effects of conjugated equine estrogen in postmenopausal women with hysterectomy. JAMA, 2004;291:1701-1712. https://jamanetwork.com/journals/jama/fullarticle/198540
- Rossouw JE, Prentice RL, Manson JE, et al. Postmenopausal hormone therapy and risk of cardiovascular disease by age and years since menopause. JAMA, 2007;297:1465-1477. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17405972/
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- Chlebowski RT, Anderson GL, Aragaki AK, et al. Association of menopausal hormone therapy with breast cancer incidence and mortality during long-term follow-up. JAMA, 2020;324:369-380. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32721007/
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- Vinogradova Y, Coupland C, Hippisley-Cox J. Use of hormone replacement therapy and risk of venous thromboembolism. BMJ, 2019;364:k4810. https://www.bmj.com/content/364/bmj.k4810
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- Manson JE, Crandall CJ, Rossouw JE, et al. The Women’s Health Initiative randomized trials and clinical practice, a review. JAMA, 2024;331:1748-1760. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38691368/
- National Institute for Health and Care Excellence. Menopause, identification and management, NG23, mise à jour novembre 2024. https://www.nice.org.uk/guidance/ng23
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