La douleur du talon peut durer beaucoup plus longtemps qu’on ne l’imagine : dans une cohorte, 80,5 % des patients étaient encore symptomatiques à 1 an et 50 % à 5 ans. Avant de multiplier les semelles ou les corrections de posture, il faut d’abord confirmer la cause de la douleur.

Si des douleurs du pied, de la marche ou une question de semelles persistent, Noria Health Hub peut organiser à Bruxelles un check-up complet ou un second avis médical avec rapport sous 24 h, coordonner si nécessaire votre prise en charge parmi plus de 40 parcours médicaux en 48 h chrono avec des spécialistes de référence internationale puis, si les conditions médicales le permettent, une intervention chirurgicale sous 7 jours.

Semelles sur mesure ou standard : des différences souvent faibles

Commençons par le résultat qui structure tout le reste. Dans toutes les revues consultées, sur tous les horizons de temps, la semelle sur mesure ne fait pas mieux que la semelle préfabriquée.

Ce qui est mesuré Le résultat
Effet des orthèses sur la douleur du talon, méta-analyse de 19 essais, 1 660 participants Effet significatif uniquement entre 7 et 12 semaines, avec une taille d’effet de 0,27, qualité modérée
Le même effet à court terme, de 0 à 6 semaines, et à long terme, de 13 à 52 semaines Aucun effet démontré
Sur mesure contre préfabriqué Aucune différence, à aucun temps de mesure
Essai de référence à 3 bras, 136 participants Environ 8 points sur 100 de gain à 3 mois pour les 2 types de semelles, et plus aucune différence à 12 mois

Les auteurs de la méta-analyse écrivent eux-mêmes qu’il est incertain que ce changement soit cliniquement important. Nous ne dirons donc pas mieux qu’eux.

Sur le syndrome fémoro-patellaire, la revue Cochrane trouve un avantage des orthèses sur des semelles simples à 6 semaines, avec un rapport de risque d’amélioration de 1,48, bénéfice qui a disparu à 1 an. Elle trouve aussi davantage d’effets indésirables mineurs, frottements et ampoules, avec un rapport de risque de 1,87. Et elle ne trouve aucun avantage des orthèses sur la kinésithérapie.

Prévention : un bénéfice démontré dans une indication précise

Il existe un résultat solide, et il est étroit. Une méta-analyse de 18 essais, portant très majoritairement sur des populations militaires, mesure une réduction des fractures de fatigue avec un rapport de risque de 0,59, et de l’ensemble des blessures avec un rapport de 0,72.

La même méta-analyse mesure l’effet des simples semelles amortissantes, sans correction. Toutes blessures, rapport de risque de 0,92, non significatif. Fractures de fatigue, 1,15, non significatif. L’amorti seul ne prévient rien. L’écart entre les 2 lignes est le seul argument sérieux en faveur d’une orthèse en prévention, et il ne concerne que des populations à charge d’entraînement élevée et imposée.

Fasciite plantaire : l’amélioration peut être beaucoup plus lente qu’on ne le dit

On lit partout que 80 à 90 % des fasciites plantaires guérissent seules en 6 à 12 mois. Nous n’avons trouvé aucune source primaire à ce chiffre, et la meilleure donnée longitudinale disponible dit l’inverse.

Ce qui est mesuré, cohorte de 174 patients suivis en moyenne 9,7 ans Le résultat
Encore symptomatiques à 1 an 80,5 %
Encore symptomatiques à 5 ans 50,0 %
Encore symptomatiques à 10 ans 45,6 %
Durée moyenne des symptômes chez ceux qui ont guéri 725 jours, soit environ 2 ans
Valeur pronostique de l’épine calcanéenne Aucune, p à 0,88

La dernière ligne mérite d’être connue. L’épine calcanéenne visible sur une radiographie n’a aucune valeur pronostique, et l’épaisseur du fascia non plus. Ce n’est pas l’image qui décide de l’évolution.

Sur les traitements, il faut être précis. Les infiltrations de corticoïdes ont, dans la revue Cochrane de 39 essais et 2 492 adultes, un effet à court terme de 6,38 points sur 100, c’est-à-dire inférieur au seuil de différence cliniquement importante retenu par les auteurs, et plus aucun effet entre 1 et 6 mois. Sur 699 patients infiltrés dans ces essais, on compte 2 ruptures du fascia et 3 infections.

Sur les ondes de choc, un essai récent en double aveugle contrôlé par placebo, portant sur 200 patients tous équipés de semelles et de conseils, mesure à 6 mois une différence de 0,02 point sur 10 en faveur des ondes de choc, autrement dit rien. Beaucoup de chiffres impressionnants circulent sur cette technique, mais ce sont des variations avant et après, pas des comparaisons contre placebo.

Posturologie : problème de reproductibilité avant même de parler d’efficacité

Ce paragraphe va déplaire, et nous l’écrivons quand même. Le problème de la posturologie n’est pas d’abord son efficacité, c’est la reproductibilité de sa mesure. Si 2 examinateurs ne trouvent pas la même chose chez le même patient, aucune conclusion ne peut suivre.

Ce qui est mesuré Le résultat
Accord entre 2 examinateurs sur l’évaluation posturale visuelle, 28 cliniciens, 36 sujets Coefficient kappa de 0,16, qualifié de médiocre
Accord d’un même examinateur avec lui-même Kappa de 0,50, qualifié de moyen
Fiabilité de la stabilométrie sur son meilleur paramètre, 30 sujets sains Erreur standard de mesure de 19,2 %
Lien entre occlusion dentaire et posture, revue de 21 études posturographiques 2 études sur 21 trouvent une différence entre groupes

Un accord entre les évaluateurs. Les 28 cliniciens de cette étude étaient des chiropracteurs, des kinésithérapeutes, des rhumatologues, des médecins de rééducation et des chirurgiens orthopédistes, donc des professionnels formés.

Sur les semelles dites proprioceptives ou posturales, la revue systématique disponible porte sur 12 essais contrôlés dont la qualité méthodologique est cotée 3 ou 4 sur 10, et ses critères de jugement sont des mesures d’oscillation en laboratoire, ni la douleur, ni la fonction. Nous n’avons trouvé aucun essai randomisé de bonne qualité montrant un effet clinique, et nous n’avons trouvé aucune prise de position officielle d’une autorité sanitaire francophone sur ce sujet. Nous le signalons plutôt que de combler le vide.

Inégalité de longueur des jambes : la mesure elle-même peut varier

Environ 90 % de la population a une inégalité anatomique de longueur des membres inférieurs, d’une moyenne de 5,21 millimètres. Environ 14,8 % dépassent 10 millimètres.

Voici le problème. La variance entre observateurs des méthodes de mesure au mètre ruban est d’environ 1 centimètre, jugée inacceptable pour une décision clinique par les auteurs qui l’ont mesurée. L’erreur de mesure est donc environ 2 fois plus grande que l’inégalité moyenne qu’on prétend corriger. La seule méthode de référence fiable est la radiographie en charge du corps entier.

Pied plat de l’enfant : la majorité évolue favorablement sans traitement

Ce qui est mesuré, 835 enfants de 3 à 6 ans, mesure par scanner tridimensionnel Le résultat
Pied plat souple 44 %
Pied plat pathologique Moins de 1 %
Évolution avec l’âge 54 % à 3 ans, 24 % à 6 ans
Part des enfants portant des supports plantaires 10 %
Conclusion textuelle des auteurs Plus de 90 % des traitements en cours étaient inutiles

Le pied plat de l’enfant est, dans l’immense majorité des cas, une étape normale du développement qui se corrige seule. C’est probablement le sur-traitement le mieux documenté de toute la podologie.

Chez l’adulte, une cohorte prospective de 196 athlètes et 227 épisodes de blessure conclut que le pied plat n’est un facteur de risque pour aucune blessure du membre inférieur, et que l’usage préventif systématique d’orthèses chez les sportifs à pied plat n’est donc probablement pas justifié. Une autre cohorte, sur des cadets militaires, trouve un résultat discordant, et nous le signalons plutôt que de choisir celui qui nous arrange.

Pied diabétique : une prévention dont l’importance est bien établie

Tout ce qui précède décrit un domaine où la preuve est faible. Il existe une exception majeure, et c’est celle qui justifie l’existence même de la podologie médicale.

Ce qui est mesuré Le résultat
Personnes développant un ulcère du pied diabétique chaque année dans le monde Environ 18,6 millions
Risque sur la vie entière chez une personne diabétique Jusqu’à 34 %
Part des patients avec ulcère qui subiront une amputation d’un membre inférieur Environ 20 %
Mortalité à 5 ans après un ulcère, et après une amputation majeure Environ 30 %, et plus de 70 %
Récidive de l’ulcère 42 % à 1 an, 58 % à 3 ans, 65 % à 5 ans

La mortalité à 5 ans après un ulcère du pied diabétique est du même ordre que celle de plusieurs cancers. C’est une donnée que presque personne ne connaît, y compris parmi les personnes concernées.

Et sur ce terrain, la prévention a des chiffres. La chaussure thérapeutique réduit l’incidence de l’ulcère de 25,4 % à 13,3 %, soit un rapport de risque de 0,49. L’autosurveillance de la température cutanée avec décharge des points chauds la réduit de 30,8 % à 18,7 %, rapport de risque de 0,51. Et la prise en charge par une équipe pluridisciplinaire réduit les amputations majeures de 4,4 % à 3,2 %, rapport de cotes de 0,40.

La recommandation internationale stratifie le dépistage en 4 catégories de risque, d’un examen annuel en l’absence de perte de sensibilité et d’artériopathie, jusqu’à un examen tous les 1 à 3 mois en cas d’antécédent d’ulcère ou d’amputation. C’est le seul dépistage podologique dont l’utilité soit chiffrée.

Chaussures de course : le type de chaussure ne prédit pas simplement le risque de blessure

L’idée qu’il faut choisir sa chaussure selon la forme de sa voûte plantaire a été testée par 2 essais randomisés militaires totalisant environ 4 000 recrues.

L’essai Le résultat
2 676 recrues, chaussure attribuée selon la voûte contre chaussure identique pour tous Rapport de risque de 1,11 chez les hommes et 1,20 chez les femmes, non significatifs
1 411 recrues, même protocole Rapport de risque de 1,01 chez les hommes et 0,88 chez les femmes, non significatifs
Ce que ces essais identifient comme vrais facteurs de risque La faible condition aérobie et le tabagisme
Effet de la pronation, cohorte prospective de 1 854 pieds, 326 803 kilomètres Aucune différence significative, les coureurs pronateurs ayant même légèrement moins de blessures

Quatre études indépendantes, dont 2 essais randomisés, ne trouvent aucun effet. Sur ce point précis, la question est close.

Un essai de 553 coureurs portant sur la hauteur du talon compensé donne le même verdict global, sans différence significative. Il ajoute un résultat intéressant, la même chaussure protège les coureurs occasionnels et pénalise les coureurs réguliers. Ce qui compte n’est pas la chaussure, c’est la charge d’entraînement de celui qui la porte.

Ce que les études ne permettent pas d’affirmer

Nous ne promettrons pas qu’une semelle sur mesure vaut mieux qu’une semelle préfabriquée, parce qu’aucune étude ne le montre. Nous n’écrirons pas qu’une analyse posturale oriente un traitement, parce que 2 examinateurs formés ne s’accordent pas sur la même personne. Nous ne prétendrons pas qu’un pied plat d’enfant doit être appareillé, parce que plus de 9 traitements sur 10 sont jugés inutiles par les auteurs de l’étude de référence.

Ce que nous dirons, c’est qu’un pied diabétique se dépiste, se stratifie et se surveille, avec des chiffres de réduction d’amputation qui existent. Et qu’une douleur du talon qui dure mérite d’être prise au sérieux, non parce qu’un traitement la fera disparaître vite, mais parce que sa durée réelle est bien plus longue que ce qu’on annonce aux gens.

Concrètement, si vous êtes concerné

Vous nous exposez votre problème, vos symptômes ou votre question. Les comptes rendus, analyses et images déjà disponibles peuvent être étudiés avant votre arrivée afin de préparer le parcours. Il ne s’agit pas de faire systématiquement tous les examens, mais de sélectionner ceux qui peuvent réellement aider à confirmer une hypothèse, écarter un risque ou orienter la décision. Les résultats sont synthétisés et les prochaines étapes sont organisées. Le suivi est ensuite coordonné.

Faire évaluer ma marche ou mes pieds

Besoin rapidement d’un avis médical ? Pour une inquiétude qui ne relève pas des services d’urgence, vous pouvez demander à parler à un médecin à tout moment via Noria Health Hub. Cette consultation médicale à la demande est facturée séparément du parcours de bilan.

Pour aller plus loin

Les articles qui complètent celui-ci.

L’IRM du dos ne dit pas la douleur

La douleur qui attend, ce que mesure la littérature

Prendre contact, hub.noriahealth.com/#medical-intake

Sources

Whittaker GA et al., Foot orthoses for plantar heel pain, a systematic review and meta-analysis, British Journal of Sports Medicine, 2018. https://doi.org/10.1136/bjsports-2016-097355

Landorf KB, Keenan AM, Herbert RD, Effectiveness of foot orthoses to treat plantar fasciitis, a randomized trial, Archives of Internal Medicine, 2006.

Canadian Agency for Drugs and Technologies in Health, Custom-made foot orthoses versus prefabricated foot orthoses, a review of clinical effectiveness, 2019. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK549527/

Collins N et al., Foot orthoses and physiotherapy in the treatment of patellofemoral pain syndrome, a randomised clinical trial, BMJ, 2008. https://doi.org/10.1136/bmj.a1735

Hossain M et al., Foot orthoses for patellofemoral pain in adults, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2011. https://doi.org/10.1002/14651858.CD008402.pub2

Bonanno DR et al., Effectiveness of foot orthoses and shock-absorbing insoles for the prevention of injury, systematic review and meta-analysis, British Journal of Sports Medicine, 2017. https://doi.org/10.1136/bjsports-2016-096671

Hansen L et al., Long-term prognosis of plantar fasciitis, a 5 to 15-year follow-up study of 174 patients, Orthopaedic Journal of Sports Medicine, 2018. https://doi.org/10.1177/2325967118757983

Thomas MJ et al., Plantar heel pain in adults aged 50 years and over, prevalence and impact, BMC Musculoskeletal Disorders, 2019. https://doi.org/10.1186/s12891-019-2718-6

David JA et al., Injected corticosteroids for treating plantar heel pain in adults, Cochrane Database of Systematic Reviews, 2017. https://doi.org/10.1002/14651858.CD009348.pub2

Heide M et al., Radial extracorporeal shockwave therapy for plantar fasciopathy, a randomised sham-controlled trial, British Journal of Sports Medicine, 2024. https://doi.org/10.1136/bjsports-2024-108139

DiGiovanni BF et al., Plantar fascia-specific stretching exercise improves outcomes in patients with chronic plantar fasciitis, 2-year follow-up, Journal of Bone and Joint Surgery, 2006. https://doi.org/10.2106/JBJS.E.01281

Fedorak C et al., Reliability of the visual assessment of cervical and lumbar lordosis, how good are we, Spine, 2003. https://doi.org/10.1097/01.BRS.0000083281.48923.BD

Manfredini D et al., Dental occlusion, body posture and temporomandibular disorders, where we are now and where we are heading for, Journal of Oral Rehabilitation, 2012. https://doi.org/10.1111/j.1365-2842.2012.02291.x

Nagymáté G, Orlovits Z, Kiss RM, Reliability analysis of a sensitive and independent stabilometry parameter set, PLOS ONE, 2018. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0195995

Christovão TC et al., Effect of different insoles on postural balance, a systematic review, Journal of Physical Therapy Science, 2013. https://doi.org/10.1589/jpts.25.1353

Knutson GA, Anatomic and functional leg-length inequality, a review and recommendation for clinical decision-making, Chiropractic and Osteopathy, 2005. https://doi.org/10.1186/1746-1340-13-11

Alfuth M, Fichter P, Knicker A, Leg length discrepancy, a systematic review on the validity and reliability of clinical assessments and imaging diagnostics, PLOS ONE, 2021. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0261457

Pfeiffer M et al., Prevalence of flat foot in preschool-aged children, Pediatrics, 2006. https://doi.org/10.1542/peds.2005-2126

Michelson JD, Durant DM, McFarland E, The injury risk associated with pes planus in athletes, Foot and Ankle International, 2002. https://doi.org/10.1177/107110070202300708

Armstrong DG, Tan TW, Boulton AJM, Bus SA, Diabetic foot ulcers, a review, JAMA, 2023. https://doi.org/10.1001/jama.2023.10578

McDermott K et al., Etiology, epidemiology and disparities in the burden of diabetic foot ulcers, Diabetes Care, 2023. https://doi.org/10.2337/dci23-0001

Bus SA et al., Guidelines on the prevention of foot ulcers in persons with diabetes, International Working Group on the Diabetic Foot, 2023. https://iwgdfguidelines.org/

Wren TAL et al., Clinical efficacy of instrumented gait analysis, systematic review 2020 update, Gait and Posture, 2020. https://doi.org/10.1016/j.gaitpost.2020.05.031

Hafer JF et al., Reliability of plantar pressure platforms, Gait and Posture, 2013. https://doi.org/10.1016/j.gaitpost.2013.01.028

Knapik JJ et al., Injury reduction effectiveness of assigning running shoes based on plantar shape in Air Force basic training, American Journal of Preventive Medicine, 2010. https://doi.org/10.1016/j.amepre.2009.10.013

Knapik JJ et al., Injury reduction effectiveness of selecting running shoes based on plantar shape, Marine Corps basic training, US Army Public Health Command report, 2010.

Nielsen RO et al., Foot pronation is not associated with increased injury risk in novice runners wearing a neutral shoe, British Journal of Sports Medicine, 2014. https://doi.org/10.1136/bjsports-2013-092202

Malisoux L et al., Injury risk in runners using standard or motion control shoes, and the influence of heel-to-toe drop, American Journal of Sports Medicine, 2016. https://doi.org/10.1177/0363546516654690

Hansen L et al., Long-Term Prognosis of Plantar Fasciitis: A 5- to 15-Year Follow-up Study, 2018. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29536022/