Noria Health editorial team
Reviewed for medical accuracy by Dr Evelyne Jonniaux, Medical Advisor
Last updated 17 September 2026

Sinusite chronique, quand faut-il opérer et quand faut-il attendre ?

L’essai randomisé MACRO, publié dans The Lancet en 2025 sur 514 patients dans 20 centres britanniques, est le premier à trancher directement : la chirurgie endoscopique améliore le score de gêne SNOT-22 de 18,13 points de plus qu’un antibiotique et de 20,44 points de plus qu’un placebo, tous les patients recevant par ailleurs corticoïde nasal et lavages. Le seuil de pertinence clinique de cette échelle est de 8,9 points (Hopkins, Clin Otolaryngol, 2009). Mais le même essai relève une variation d’un facteur 5 des taux de chirurgie selon les territoires, et 19,1 % des opérés sont réopérés dans les 5 ans. Avant d’opérer, la question n’est pas « la chirurgie marche-t-elle », c’est « le diagnostic est-il confirmé ». Ces chiffres décrivent des populations, pas une personne en particulier. Noria Health organise un bilan ORL complet en 24 à 48 heures près de Bruxelles.

Combien de personnes sont concernées, et combien le sont vraiment

C’est la seule spécialité de ce dossier où le chiffre de prévalence dépend entièrement de la définition retenue. Cet écart n’est pas un détail statistique, c’est le sujet.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Rhinosinusite chronique en Europe, critères symptomatiques EP3OS 10,9 %, de 6,9 % à 27,1 % selon les centres Hastan, Allergy, 2011 (étude GA2LEN)
Sur symptômes seuls, toutes études 5,5 % à 28 % EPOS 2020
Après confirmation par endoscopie ou scanner 3 % à 6 % EPOS 2020
Adultes américains se déclarant diagnostiqués dans l’année 12,17 % Shah, Int Forum Allergy Rhinol, 2023
Adultes américains remplissant réellement les critères symptomatiques 2,1 % Bhattacharyya et Gilani, Otolaryngol Head Neck Surg, 2018

Exiger une confirmation objective divise la prévalence par trois à cinq. Autrement dit, entre la moitié et les quatre cinquièmes des personnes qui se pensent atteintes d’une sinusite chronique ne remplissent pas les critères de la maladie. Ce qu’elles ont est réel, mais ce n’est pas nécessairement cela, et le traitement n’est donc pas le même.

L’étude GA2LEN, qui reste la référence européenne, portait sur 57 128 répondants dans 19 centres et 12 pays. Elle retrouvait aussi un facteur de risque net : le tabagisme, avec un odds ratio de 1,7 (IC 95 % 1,6 à 1,9).

Le piège du scanner anormal

C’est le mécanisme central du sur-diagnostic, et il tient en deux chiffres.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Scanners de sujets sans symptôme montrant une anomalie d’au moins un sinus 42,5 % sur 666 patients Havas, Arch Otolaryngol Head Neck Surg, 1988
IRM en population générale non sélectionnée montrant une opacification sinusienne 66 % sur 982 adultes Hansen, BMC Ear Nose Throat Disord, 2014 (étude HUNT)
Épaississement muqueux à l’IRM chez ces mêmes sujets 49 % Hansen, 2014
Polypes ou kystes de rétention chez ces mêmes sujets 32 % Hansen, 2014

L’étude norvégienne HUNT a passé une IRM à 982 adultes de 50 à 66 ans tirés au sort dans une enquête de santé publique, sans aucune indication médicale. Deux tiers avaient une opacification sinusienne. Un tiers avait des polypes ou des kystes de rétention.

La conséquence est directe : un scanner sinusien « anormal » chez quelqu’un qui a mal à la tête ne démontre pas que la tête fait mal à cause des sinus. Il démontre que cette personne ressemble à deux tiers de la population. C’est pour cette raison que la recommandation américaine de 2015 déconseille l’imagerie devant une rhinosinusite aiguë répondant aux critères diagnostiques : elle ajoute du doute, pas de la certitude.

Ce que le traitement médical obtient, et ce qu’il n’obtient pas

Avant toute discussion chirurgicale, deux traitements sont censés avoir été menés correctement. Voici ce que les revues Cochrane en disent, sans arrondi favorable.

Traitement Effet mesuré Niveau de preuve
Corticoïdes nasaux, sur les 4 symptômes EPOS 0,26 point de moins sur une échelle de 0 à 3 (IC 95 % -0,37 à -0,15), 18 essais, 2 738 participants modéré
Corticoïdes nasaux, sur l’obstruction nasale seule 0,40 point de moins (IC 95 % -0,52 à -0,29), 6 études, 1 702 patients modéré
Corticoïdes nasaux, risque de saignement de nez multiplié par 2,74 (IC 95 % 1,88 à 4,00), 13 études, 2 508 participants élevé
Lavages salins grand volume, à 3 mois 6,3 points de RSDI en plus (IC 95 % 0,89 à 11,71) faible
Lavages salins grand volume, à 6 mois 13,5 points en plus (IC 95 % 9,63 à 17,37) très faible

Deux choses méritent d’être dites franchement. D’abord, l’effet des corticoïdes nasaux est réel et modeste : 0,26 point sur une échelle qui en compte 3. Ensuite, la base de preuves des lavages salins tient en deux essais randomisés et 116 participants au total, avec 23 % d’effets indésirables dans le bras lavage. Ce sont deux traitements que l’on recommande à juste titre, sur des preuves plus minces que leur diffusion ne le laisse penser.

Ce que la chirurgie apporte, mesuré

L’échelle utilisée partout est le SNOT-22, de 0 à 110, où un score élevé signifie une gêne importante. Sa différence minimale cliniquement importante a été fixée à 8,9 points sur une cohorte prospective de 3 128 patients opérés dans 87 hôpitaux britanniques.

Ce qui est mesuré Le chiffre Source
Chirurgie contre clarithromycine, essai randomisé 18,13 points de SNOT-22 en moins (IC 98,33 % -24,26 à -11,99) MACRO, The Lancet, 2025
Chirurgie contre placebo, même essai 20,44 points en moins (IC -26,42 à -14,46) MACRO, The Lancet, 2025
Clarithromycine contre placebo, même essai 3,11 points, p = 0,17, non significatif MACRO, The Lancet, 2025
Amélioration moyenne poolée après chirurgie, cohortes 26,02 points (IC 95 % 12,83 à 38,60), 15 études, 4 196 patients Fu, Ear Nose Throat J, 2023
Reprise chirurgicale à 5 ans 19,1 %, dont 20,6 % avec polypes et 15,5 % sans Hopkins, Laryngoscope, 2009

Trois lectures s’imposent. La chirurgie fonctionne, et l’essai MACRO le démontre proprement, sur 514 patients randomisés en trois bras, tous sous traitement médical de fond. L’antibiotique prolongé, lui, ne fait pas mieux qu’un placebo, ce qui met fin à une pratique répandue.

Mais l’amélioration n’est pas une guérison. Dans l’audit national anglais, le SNOT-22 moyen à cinq ans reste à 28,2, soit environ 14 points de mieux qu’au départ, et ce niveau est stable depuis le troisième mois. La chirurgie déplace le curseur une fois, elle ne le déplace pas deux fois.

Enfin, un opéré sur cinq est réopéré dans les cinq ans, et un sur quatre en cas de polypose. Ce n’est pas un taux d’échec, c’est la nature de la maladie : elle est inflammatoire et chronique, la chirurgie ouvre les cavités, elle n’éteint pas l’inflammation.

Les biothérapies, ce qu’elles changent dans la polypose

Traitement Effet sur le score de polype à 24 ou 52 semaines Source
Dupilumab, SINUS-24 -2,06 (IC 95 % -2,43 à -1,69), scanner Lund-Mackay -7,44 Bachert, The Lancet, 2019
Dupilumab, SINUS-52 -1,80 (IC 95 % -2,10 à -1,51), scanner Lund-Mackay -5,13 Bachert, The Lancet, 2019
Omalizumab, POLYP 1 et 2 -1,08 et -0,90 ; SNOT-22 de 16 et 15 points de mieux que le placebo Gevaert, J Allergy Clin Immunol, 2020
Mepolizumab, SYNAPSE -0,73 (IC 95 % -1,11 à -0,34) à 52 semaines Han, Lancet Respir Med, 2021
Dupilumab, recours à la chirurgie -82,6 %, et -73,9 % de corticoïdes systémiques Desrosiers, Rhinology, 2021

Une réduction de 82,6 % du recours à la chirurgie est un résultat considérable, et c’est le chiffre qui a changé la discussion en dix ans. Il vient d’une analyse groupée des deux essais SINUS, chez des patients sévères, sous corticoïde nasal.

Deux réserves l’encadrent. La première est l’accès : au Royaume-Uni, le NICE réserve le dupilumab aux adultes ayant un SNOT-22 d’au moins 50 et au moins une chirurgie sinusienne antérieure, mal contrôlés malgré corticoïdes systémiques ou chirurgie. La seconde est le coût. Les prix européens sont couverts par des accords confidentiels et ne sont pas publiés ; les seules données de dépense réelle disponibles sont américaines et portent sur des assurés privés en 2022. Nous ne les transposons pas à l’Europe, et nous ne comparons aucun prix.

L’antibiotique, la prescription la plus fréquente et la moins utile

La sinusite est le premier motif de prescription d’antibiotiques aux États-Unis, avec 56 prescriptions pour 1 000 habitants et par an. Sur l’ensemble des affections respiratoires aiguës, 221 prescriptions pour 1 000 habitants sont délivrées et 111 seulement sont estimées appropriées, soit environ la moitié d’inutiles (Fleming-Dutra, JAMA, 2016).

La revue Cochrane de 2018, 15 essais et 3 057 participants, donne l’ordre de grandeur du bénéfice dans la rhinosinusite aiguë : sans antibiotique, 46 % des patients sont guéris à une semaine et 64 % à quatorze jours. L’antibiotique ajoute 5 à 11 guérisons pour 100 patients, et 13 patients de plus sur 100 subissent un effet indésirable. La conclusion des auteurs est nette : il n’y a pas de place pour les antibiotiques dans la rhinosinusite aiguë non compliquée.

Ce que les études ne permettent pas d’affirmer

Le taux de reprise chirurgicale à dix ans n’est pas établi de façon fiable. Le seul chiffre prospectif à environ onze ans, 17 % au total et 25 % en cas de polypose, repose sur 59 patients. Le chiffre robuste s’arrête à cinq ans, à 19,1 % sur 1 459 répondants.

Les données d’absentéisme professionnel disponibles sont américaines et portent sur 27 patients. Nous ne les citons pas comme un ordre de grandeur européen, et aucune source européenne comparable n’existe.

La comparaison de qualité de vie souvent reprise, selon laquelle la sinusite chronique pèserait plus lourd que l’insuffisance cardiaque ou l’angor, vient d’une étude de 1995 utilisant l’échelle générique SF-36 sur les dimensions douleur et fonctionnement social. Elle n’utilise pas le SNOT-22, qui n’est pas administrable à des patients cardiaques. Les deux échelles ne doivent pas être fusionnées.

Enfin, la proportion de rhinosinusites chroniques traitées par antibiotiques sans indication n’est pas connue. Les chiffres ci-dessus concernent la forme aiguë et la sinusite au sens large.

Ce que les délais ajoutent

En Angleterre, 594 546 personnes attendaient un soin ORL en juin 2026, et 59,0 % seulement étaient prises en charge dans les 18 semaines. En Irlande, au 30 juillet 2026, 46 124 patients attendaient une première consultation ORL, dont 5 277 depuis plus de douze mois.

Dans cette spécialité, l’effet du délai est particulier. La maladie n’est pas dangereuse, elle est usante, et l’essai MACRO a montré que le traitement médical bien conduit fait une partie du travail. Ce que le délai coûte n’est pas une perte de chance, c’est le temps passé avec un score SNOT-22 élevé, et une prescription d’antibiotique de plus à chaque poussée.

En pratique, si cela vous concerne

Trois questions décident, dans cet ordre. Le diagnostic est-il confirmé par une endoscopie nasale, pas seulement par un scanner. Le traitement médical de fond a-t-il été mené correctement, corticoïde nasal quotidien et lavages, pendant une durée suffisante. Y a-t-il des polypes, car c’est ce qui ouvre la discussion sur les biothérapies.

Noria Health organise un bilan ORL complet à Bruxelles en 24 à 48 heures : endoscopie nasale, évaluation du score SNOT-22, et imagerie seulement si l’endoscopie et l’examen le justifient. Le compte rendu est remis sous 24 heures, et une chirurgie n’est envisagée que vers le 10e jour si elle est nécessaire, avec un suivi structuré à J14, J30 et J90. Ce que Noria Health ne fait pas : opérer sur la foi d’un scanner. Deux tiers des adultes ont une image sinusienne anormale, et l’immense majorité d’entre eux n’a rien à faire opérer.

Pour aller plus loin

Sources

  1. Hastan D, Fokkens WJ, Bachert C, et al. Chronic rhinosinusitis in Europe, an underestimated disease. A GA2LEN study. Allergy, 2011;66:1216-1223. https://doi.org/10.1111/j.1398-9995.2011.02646.x
  2. Fokkens WJ, Lund VJ, Hopkins C, et al. European position paper on rhinosinusitis and nasal polyps 2020. Rhinology, 2020;58(Suppl 29):1-464. https://www.rhinologyjournal.com/Documents/Supplements/supplement_29.pdf
  3. Shah JP, Youn GM, Wei EX, Patel ZM. International Forum of Allergy and Rhinology, 2023;13:2018-2029. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37029607/
  4. Bhattacharyya N, Gilani S. Prevalence of potential adult chronic rhinosinusitis symptoms in the United States. Otolaryngology Head and Neck Surgery, 2018;159:522-525. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29737908/
  5. Havas TE, Motbey JA, Gullane PJ. Prevalence of incidental abnormalities on computed tomographic scans of the paranasal sinuses. Archives of Otolaryngology Head and Neck Surgery, 1988;114:856-859. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/3390327/
  6. Hansen AG, Helvik AS, Nordgård S, et al. Incidental findings in MRI of the paranasal sinuses in adults, a population-based study (HUNT MRI). BMC Ear Nose and Throat Disorders, 2014;14:13. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25674037/
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  8. Chong LY, Head K, Hopkins C, et al. Saline irrigation for chronic rhinosinusitis. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2016, CD011995. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27115216/
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  11. Fu Y, Liu D, Huang W, et al. A systematic review and meta-analysis of SNOT-22 outcomes after sinus surgery. Ear Nose and Throat Journal, 2023. https://doi.org/10.1177/01455613231187761
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  20. National Institute for Health and Care Excellence. Dupilumab for treating severe chronic rhinosinusitis with nasal polyps, TA1134. https://www.nice.org.uk/guidance/ta1134
  21. NHS England. Consultant-led referral to treatment waiting times, RTT data 2026-27, juin 2026. https://www.england.nhs.uk/statistics/statistical-work-areas/rtt-waiting-times/rtt-data-2026-27/
  22. National Treatment Purchase Fund. Outpatient waiting list by specialty, 30 juillet 2026. https://www.ntpf.ie/waiting-list-data/open-data/

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