Reviewed for medical accuracy by Dr Evelyne Jonniaux, Medical Advisor
Last updated 17 September 2026
Acouphènes, qu’est-ce qui marche vraiment et qu’est-ce qui ne marche pas ?
Un seul traitement dépasse le seuil de pertinence clinique face à l’absence de prise en charge : la thérapie cognitivo-comportementale, avec 10,91 points de moins sur l’échelle de gêne THI, pour un seuil de pertinence fixé à 7 points (revue Cochrane, 2020). Le Ginkgo biloba n’apporte aucun effet démontré, les thérapies sonores seules non plus, et la stimulation magnétique transcrânienne perd tout effet à six mois (méta-analyse, Frontiers in Neuroscience, 2025). Les acouphènes touchent 14,4 % des adultes dans le monde et 2,3 % sous une forme sévère (Jarach, JAMA Neurology, 2022), mais environ 6 % seulement des Européens concernés consultent dans l’année. L’imagerie n’est indiquée que devant un acouphène unilatéral, pulsatile, une asymétrie auditive ou un signe neurologique. Ces chiffres décrivent des populations, pas une personne en particulier. Noria Health organise un bilan ORL complet en 24 à 48 heures près de Bruxelles.
Combien de personnes sont concernées
| Ce qui est mesuré | Le chiffre | Source |
|---|---|---|
| Adultes avec des acouphènes dans le monde | 14,4 % (IC 95 % 12,6 à 16,5) | Jarach, JAMA Neurology, 2022 |
| Adultes avec une forme sévère | 2,3 % (IC 95 % 1,7 à 3,1) | Jarach, JAMA Neurology, 2022 |
| Prévalence de 18 à 44 ans | 9,7 % | Jarach, JAMA Neurology, 2022 |
| Prévalence à partir de 65 ans | 23,6 % | Jarach, JAMA Neurology, 2022 |
| Nouveaux cas par an | 1 164 pour 100 000 personnes-années | Jarach, JAMA Neurology, 2022 |
| Prévalence en Europe, 12 pays | 14,7 % toutes formes, 6,0 % gênante, 1,2 % sévère | Biswas, Lancet Reg Health Europe, 2022 |
L’enquête européenne portait sur 11 427 adultes dans douze pays. Elle donne un écart de un à trois entre les pays : 8,7 % en Irlande, le taux le plus bas, contre 28,3 % en Bulgarie, le plus haut. Extrapolée à l’Union européenne, elle situe le nombre d’adultes concernés autour de 65 millions, dont environ 4 millions sous une forme sévère.
Le chiffre le plus parlant de cette enquête n’est pas une prévalence. C’est un taux de recours : environ 6 % des personnes concernées avaient consulté pour leur acouphène dans l’année. Entre 14,7 % de prévalence et 6 % de recours, il y a une population qui vit avec le symptôme sans jamais l’avoir fait explorer.
Ce qui est démontré
La revue Cochrane de 2020 sur la thérapie cognitivo-comportementale a rassemblé 28 essais et 2 733 participants. C’est la base de preuves la plus fournie de tout le champ.
| Comparaison | Effet mesuré | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| TCC contre absence d’intervention | 10,91 points de moins sur le THI (SMD -0,56 ; IC 95 % -0,83 à -0,30), 10 études, 537 participants | faible |
| TCC contre prise en charge audiologique | 5,65 points de moins (IC 95 % -9,79 à -1,50), 3 études, 444 participants | modéré |
| TCC sur la dépression associée | SMD -0,34 (IC 95 % -0,60 à -0,08), 8 études, 502 participants | faible |
La différence minimale cliniquement importante du THI est fixée à 7 points. Il faut donc lire ce tableau ligne par ligne, et la deuxième ligne est celle qu’on omet souvent : contre une prise en charge audiologique classique, l’avantage de la TCC est de 5,65 points, c’est-à-dire réel, statistiquement significatif, et en dessous du seuil de pertinence clinique. La TCC bat nettement le fait de ne rien faire. Elle bat marginalement le fait de bien s’occuper de l’audition.
L’appareillage auditif en cas de perte auditive associée est recommandé par les sociétés savantes américaine et européenne. Il faut savoir sur quoi repose cette recommandation : un seul essai randomisé, 91 participants (revue Cochrane, 2014). Le socle est physiopathologique et clinique, pas expérimental. C’est une recommandation raisonnable, ce n’est pas une preuve solide, et le dire n’affaiblit pas le conseil, cela le situe.
Ce qui n’est pas démontré
| Traitement | Ce que mesure la preuve | Source |
|---|---|---|
| Ginkgo biloba | 1,35 point de différence sur 100 (IC 95 % -8,26 à +5,55), l’intervalle traverse zéro | Sereda, Cochrane, 2022 |
| Thérapies sonores seules | aucune supériorité démontrée sur liste d’attente, placebo ou information seule ; SMD -0,15 (IC 95 % -0,52 à +0,22) | Sereda, Cochrane, 2018 |
| Stimulation magnétique transcrânienne, à 1 mois | 10,98 points de THI en moins | He, Front Neurosci, 2025 |
| Stimulation magnétique transcrânienne, à 6 mois | 4,26 points (IC 95 % -10,28 à +1,76), p = 0,17, non significatif | He, Front Neurosci, 2025 |
La recommandation américaine de 2014 est explicite sur deux points : les cliniciens ne devraient pas recommander le Ginkgo biloba, la mélatonine, le zinc ou d’autres compléments alimentaires pour traiter un acouphène persistant et gênant, et ne devraient pas recommander la stimulation magnétique transcrânienne en traitement de routine. La recommandation européenne multidisciplinaire de 2019 conclut de son côté qu’aucun médicament ne peut être recommandé de façon générale dans l’acouphène chronique.
Le cas de la stimulation magnétique est instructif parce qu’il n’est pas un échec, c’est une disparition. L’effet existe à un mois, il est mesurable, et il s’efface à six mois. Un traitement dont le bénéfice ne survit pas à six mois n’est pas une réponse à une maladie qui dure des années.
Le réflexe IRM, et ce que les chiffres en disent
Un acouphène d’un seul côté déclenche presque toujours la même chaîne : inquiétude, IRM, attente du résultat. Ce que cette chaîne trouve mérite d’être connu.
| Ce qui est mesuré | Le chiffre | Source |
|---|---|---|
| Schwannome vestibulaire à l’IRM devant un acouphène unilatéral sans asymétrie auditive | 0,08 % (IC 95 % 0,00 à 0,45), soit 7 cas sur 1 394 patients | Javed, Otol Neurotol, 2023 |
| Taille médiane des tumeurs ainsi trouvées | 4 mm, 4 surveillées, 2 opérées | Javed, Otol Neurotol, 2023 |
| Schwannomes chez l’ensemble des patients passant une IRM pour symptôme audio-vestibulaire | 1,6 % | Javed, Otol Neurotol, 2023 |
| Incidence du schwannome vestibulaire au Danemark | 34 cas par million d’habitants et par an en 2015, contre 3 en 1976 | Reznitsky, Clin Epidemiol, 2019 |
| Acouphène pulsatile, part de tous les acouphènes | 5 % à 10 % | Espinosa-Sánchez, J Clin Med, 2025 |
| Acouphène pulsatile avec cause identifiable à l’imagerie | plus de 75 % | Alkhatib, RadioGraphics, 2024 |
Le contraste entre les deux extrémités de ce tableau est le message clinique de la section. Un acouphène unilatéral isolé, sans perte auditive asymétrique, a moins d’une chance sur mille de révéler une tumeur. Un acouphène pulsatile, qui bat au rythme du cœur, a plus de trois chances sur quatre d’avoir une cause visible à l’imagerie. Ce ne sont pas deux versions du même symptôme, ce sont deux situations différentes qui appellent deux conduites différentes.
Le critère d’imagerie de la recommandation américaine retient quatre situations : un acouphène localisé à une seule oreille, un acouphène pulsatile, une anomalie neurologique focale, ou une perte auditive asymétrique. En dehors de ces cas, l’imagerie n’est pas indiquée.
Acouphènes et audition, une relation forte
L’enquête européenne de 2022 donne un gradient net plutôt qu’un pourcentage.
| Gêne auditive déclarée | Part avec des acouphènes | Source |
|---|---|---|
| Aucune | 6,5 % | Biswas, Lancet Reg Health Europe, 2022 |
| Légère | 39,0 % | Biswas, 2022 |
| Modérée | 58,7 % | Biswas, 2022 |
| Sévère | 67,3 % | Biswas, 2022 |
Rapporté en odds ratio, une gêne auditive marquée contre aucune donne 18,53 pour l’acouphène en général et 33,21 pour l’acouphène gênant. C’est le facteur de risque le plus fort du modèle, loin devant tous les autres. Conséquence pratique : un bilan d’acouphène sans audiogramme n’est pas un bilan.
Ce que les études ne permettent pas d’affirmer
Le chiffre que l’on voit partout, « 90 % des acouphéniques ont une perte auditive », n’a pas de source primaire vérifiable. Les données solides sont relationnelles, ce sont les odds ratios ci-dessus, pas une proportion. Nous ne le citerons pas.
Sur la dépression et le sommeil, la prudence s’impose dans l’autre sens. Une méta-analyse de 2024 portant sur 62 270 participants trouve une association significative avec l’anxiété (OR 1,29 ; IC 95 % 1,02 à 1,64), mais pas avec la dépression (OR 1,20 ; IC 95 % 0,94 à 1,52, non significatif) ni avec les troubles du sommeil (OR 1,35 ; IC 95 % 0,85 à 2,15, non significatif). En population générale, le lien est nettement plus faible que ce que suggère la consultation spécialisée, où se concentrent les formes les plus lourdes. C’est un biais de recrutement, pas une contradiction.
Enfin, l’Organisation mondiale de la santé publie des chiffres sur la perte auditive, pas sur les acouphènes. Toute statistique d’acouphène attribuée à l’OMS est mal attribuée.
Ce que les délais ajoutent
En Angleterre, 594 546 personnes attendaient un soin ORL en juin 2026, et 59,0 % seulement étaient prises en charge dans les 18 semaines. En Irlande, au 30 juillet 2026, 46 124 patients attendaient une première consultation ORL, dont 5 277 depuis plus de douze mois.
Pour un acouphène banal, ce délai est surtout une usure. Pour un acouphène pulsatile ou associé à une perte auditive asymétrique, c’est autre chose : ce sont les deux situations où l’imagerie est indiquée, et où attendre repousse le seul examen qui tranche.
En pratique, si cela vous concerne
Un acouphène récent, d’un seul côté, pulsatile, ou accompagné d’une baisse d’audition d’un côté, justifie un bilan sans attendre. Un acouphène ancien, des deux côtés, stable, relève d’un bilan programmé, et la première chose à y chercher est l’audition.
Noria Health organise un bilan ORL complet à Bruxelles en 24 à 48 heures : audiogramme tonal et vocal, examen otologique, et l’imagerie seulement si l’un des quatre critères ci-dessus est présent. Le compte rendu est remis sous 24 heures, le suivi est structuré à J14, J30 et J90. Ce que Noria Health ne fait pas : promettre la disparition d’un acouphène. Aucun traitement disponible aujourd’hui ne l’obtient de façon fiable, et le dire fait partie du bilan.
Pour aller plus loin
- Audition : 430 millions de personnes ont besoin de soins auditifs
- Vertiges : 8 % des patients reçoivent le traitement qui marche
- Ronflements et apnée : un risque cardiovasculaire à dépister
Sources
- Jarach CM, Lugo A, Scala M, et al. Global prevalence and incidence of tinnitus, a systematic review and meta-analysis. JAMA Neurology, 2022;79:888-900. https://doi.org/10.1001/jamaneurol.2022.2189
- Biswas R, Lugo A, Akeroyd MA, et al. Tinnitus prevalence in Europe, a multi-country cross-sectional population study. The Lancet Regional Health Europe, 2022;12:100250. https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2021.100250
- Fuller T, Cima R, Langguth B, et al. Cognitive behavioural therapy for tinnitus. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020, CD012614. https://doi.org/10.1002/14651858.CD012614.pub2
- Hoare DJ, Edmondson-Jones M, Sereda M, et al. Amplification with hearing aids for patients with tinnitus and co-existing hearing loss. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2014, CD010151. https://doi.org/10.1002/14651858.CD010151.pub2
- Sereda M, Xia J, Scutt P, et al. Ginkgo biloba for tinnitus. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2022, CD013514. https://doi.org/10.1002/14651858.CD013514.pub2
- Sereda M, Xia J, El Refaie A, et al. Sound therapy (using amplification devices and or sound generators) for tinnitus. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2018, CD013094. https://doi.org/10.1002/14651858.CD013094.pub2
- He Z, Liao D, Ji Q, et al. Efficacy of repetitive transcranial magnetic stimulation for subjective chronic tinnitus, a randomized controlled trial meta-analysis. Frontiers in Neuroscience, 2025. https://doi.org/10.3389/fnins.2025.1579846
- Tunkel DE, Bauer CA, Sun GH, et al. Clinical practice guideline, tinnitus. Otolaryngology Head and Neck Surgery, 2014;151(2 Suppl):S1-S40. https://www.entnet.org/quality-practice/quality-products/clinical-practice-guidelines/tinnitus/
- Cima RFF, Mazurek B, Haider H, et al. A multidisciplinary European guideline for tinnitus, diagnostics, assessment, and treatment. HNO, 2019;67(Suppl 1):10-42. https://doi.org/10.1007/s00106-019-0633-7
- Javed A, Okoh M, Mughal Z, et al. Incidence of vestibular schwannoma in patients with unilateral tinnitus, a systematic review and meta-analysis. Otology and Neurotology, 2023. https://doi.org/10.1097/MAO.0000000000003987
- Reznitsky M, Petersen MMBS, West N, et al. Epidemiology of vestibular schwannomas, prospective 40-year data from an unselected national cohort. Clinical Epidemiology, 2019;11:981-986.
- Espinosa-Sánchez JM, et al. Pulsatile tinnitus, a comprehensive clinical approach to diagnosis and management. Journal of Clinical Medicine, 2025;14:4428. https://doi.org/10.3390/jcm14134428
- Alkhatib SG, Kandregula S, Flesher K, et al. Imaging of pulsatile tinnitus. RadioGraphics, 2024. https://doi.org/10.1148/rg.240030
- Yang D, Zhang D, Zhang X, Li X. Tinnitus-associated cognitive and psychological impairments, a comprehensive review meta-analysis. Frontiers in Neuroscience, 2024. https://doi.org/10.3389/fnins.2024.1275560
- NHS England. Consultant-led referral to treatment waiting times, RTT data 2026-27, juin 2026. https://www.england.nhs.uk/statistics/statistical-work-areas/rtt-waiting-times/rtt-data-2026-27/
- National Treatment Purchase Fund. Outpatient waiting list by specialty, 30 juillet 2026. https://www.ntpf.ie/waiting-list-data/open-data/
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